renato maestri
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Consommé sur un coup de tête la fugue définitive de chez ma mère, à l’âge de seize ans je hasardai quelques voyages sans but avec, avec comme preuve de mes dix-huit ans révolus, un faux vrai passeport obtenu par le biais d’un fonctionnaire complaisant en échange d’une édition rare des Fiancés.

Quoique pleine d’imprévus excitants, à l’âge de demander un vrai passeport l’expérience de la route m’avait lassé, le Rêve Mystique ne m’attrayait non plus, et le Vol Magique ne fut amusant qu’un moment. Seul gain de tout mon voyager : la découverte de la permanence du passé. Ce n’était pas encore une mémoire fiable, toutefois le sentiment de matérialité du temps qui s’y dégageait m’écrasa.

 

Ma subsistance assurée par des travaux insignifiants, je retrouvai mon train-train avec les mêmes moments pénibles que j’avais fuis. Autour de moi les autres avaient des projets, parlaient carrière, tandis que moi je ne savais quoi faire de ma vie, et lors d’une soirée mondaine, j’avouais à mon amie Sara ma peur d’échouer avant même d’avoir risqué la moindre action. Elle suspendit un instant ses papotages, posa son regard franc sur moi et m’invita à passer mes vacances avec elle, à la montagne : je me serais reposé de mes voyages futiles et le mois de septembre, de retour en ville, j’aurais pris une décision.

 

Sara n’employait que des locutions pour nommer le village où elle passait ses vacances, jamais le nom. Elle disait Là-haut, Le Théâtre ou Le Lieu, parfois le nom se réduisait à un long silence. L’on aurait dit qu’elle se servait aléatoirement de ces noms et du silence, mais il y avait de la méthode dans son caprice. Les locutions Là-haut et Le Théâtre, la renvoyant à l’enfance et à son amie Bruna, avaient une connotation positive. Le Lieu évoquait une agression dont elle avait été victime (j’en parlerais ensuite), et le silence, un silence gêné et prolongé qui prenait la valeur d’expression, disait ses inquiétudes au sujet d’elle en ce lieu par suite de cette agression.

 

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Avant de devenir un lieu de vacances, Là-haut avait été un hameau de bûcherons et contrebandiers, avec un seul magasin où, du pain au savon en passant par le tabac et les journaux, l’on vendait le nécessaire pour une vie sans prétention. L’arrivée des vacanciers avait chamboulé les habitudes du village, et le propriétaire de ce magasin s’était spécialisé dans l’alimentation (boucherie, charcuterie, fromage), laissant ainsi assez d’espace pour une boulangerie-pâtisserie avec salon de thé. Il y avait aussi un nouveau bureau de tabac où l’on vendait les journaux, mais la presse nationale n’arrivait qu’à partir de la mi-juin, avec les vacanciers, donc à partir de la mi-septembre, on ne trouvait au kiosque qu’un journal régional de droite, l’Unità, [1] quelques hebdomadaires et l’incontournable Gazzetta dello Sport. [2]  Pas de quoi gagner sa vie, alors le buraliste arrondissait ses entrées en proposant produits de toilette, cahiers, plumes, cartes postales, souvenirs, et de la mi-août à la mi-septembre, les livres scolaires. Il y avait encore un coiffeur, un ancien fasciste détesté par tout le monde, qui s’obstinait pourtant à ouvrir son salon, et puisqu’il ne servait que les vacanciers ignares du fourvoiement de sa jeunesse, il passait une grande partie de son temps en compagnie de ses laitues, résultat : il vantait un potager impeccable.

 

Le rendez-vous du village était une auberge que pour si incroyable qu’il puisse paraître, avait pour enseigne À la Branche d’Or. L’aubergiste, Bruna — diplômée de l’École Normale d’instituteur — aurait voulu se dédier à l’enseignement, mais son père lui avait fait du chantage au sentiment, et elle avait repris l’affaire familiale se replongeant ainsi dans la vie lassante que les études auraient dû lui épargner. Une frustration, pour la jeune femme qu’avait rêvé de classes d’enfant à éduquer, alors elle meublait son ennui en consacrant son temps libre à la direction d’un groupe d’acteurs dilettantes : la Compagnie du Sabayon.

Une salle désaffectée de l’auberge faisait office de théâtre. À l’origine destinée aux banquets, la salle n’avait jamais servi puisque de même que la fille aimait le théâtre, ainsi le père vantait une authentique science de cuisinier, et se refusait à servir plus de vingt-cinq couverts par service dans son restaurant. Ainsi la salle avait longtemps fait office de débarras, et déjà petite Bruna y passait beaucoup de son temps sans que personne sache comment elle y si occupait, ni pourquoi l’avait nommé l’Officine.

 

Arrivé de nulle part des années auparavant, un marginal participait à la vie du village, et par les services qu’il rendait, il avait fait son trou dans les sentiments des villageois. Il se posait aussi en un peintre amateur, et Bruna mettait l’Officine à sa disposition pour qu’il y peigne les décors, ingénus mais touchants, qui changeaient ce local ordinaire en un lieu enchanté : un coupon de paysage (ciel et montagnes) encadré par une fenêtre, feignait un intérieur ; une bande grise prétendait imiter un trottoir et avec quelque vitrine (natures mortes avec objets disparates) simulait une ville.

Les villageois appelaient ce peintre amateur Cespuglio, [3] il avait gagné ce sobriquet en se refusant aux soins du coiffeur parce qu’il avait été un vil fasciste, et puisqu’il se défendait d’aller comme tout le monde chez le coiffeur du village voisin, une forêt de cheveux lui avait conquis le crâne.

Il aurait dû vivre d’une dérisoire pension de guerre, une misère qui lui payait tout juste les cigarettes, c’était donc Bruna qui le nourrissait, tandis que charmés par les lazzis caustiques qu’il inventait sans cesse, les habitués de l’auberge entretenaient son taux alcoolique.

De sa part, en échange de petits travaux, le maire le logeait dans un local de la mairie, car il soutenait que sous son masque d’ivrogne meurtri, Cespuglio cachait un intellectuel qui avait été capable d’actes et de mots vrais, quand le fascisme et la guerre avaient vidé les idéaux de sa jeunesse de leur sens. Il affirmait, le maire, qu’à son retour dans le civil, Cespuglio aurait voulu se donner une image qui ne fût pas représentative de son statut de professeur de mathématiques, mais consubstantielle à l’expression de son esprit. Malheureusement il avait cru possible extirper les racines du mal, et amené par son engagement pacifiste à s’égarer dans les scories de l’histoire, sa tentative avait fait long feu. Ainsi, incapable de se tirer du marasme où il s’était embourbé, il avait sombré dans l’alcoolisme et perdu, il avait atterri au village.

L’opinion de Bruna, moins élaborée, me semblait plus cohérente : appelé à une guerre qu’il ne comprenait pas, par un homme qu’il méprisait, Cespuglio avait connu la blessure de la captivité, et depuis il s’observait de si près qu’il ne pouvait plus retrouver un état de contentement, sa tristesse le condamnait à vivre dans le non habituel, et la société avait conclu à son inadéquation.

 

Lors de mon séjour là-haut, Cespuglio était dans l’embarras car l’un des tableaux exigeait une allée rythmée de sculptures, et puisque dessiner la figure humaine n’était pas dans ses cordes, Sara me demanda de l’aider.

Je mis de côté les illustrations pour lesquelles j’avais déjà reçu l’argent qui me permettait de subsister en vacances, et ce lieu commun vit le jour. Cespuglio jugea la prospective très bonne, mais décréta les figures trop solennelles donc non conformes au style simple en vigueur chez les Sabayons, et m’invita à visiter la paroissiale où j’aurais vu comment dessiner et peindre la figure humaine.

 

Les peintures de l’église paroissiale manifestaient une remarquable volonté d’individualisation et d’expressivité des personnages (le peintre avait déjà renoncé aux tensions du gothique tardif sans pour autant adhérer à l’idée, cultivée par Alberti, qu’en art les choses n’existent qu’en tant que valeur). La couleur brillante et claire les rapprochait de la bande dessinée descriptive, le naturel du dessin leur enlevait cependant ce côté timoré, propre et fignolé, quoique irrésolu, des auteurs de cartoons réalistes.

Instruit par la visite à la paroissiale, je peignais une nouvelle version de l’allée lorsqu’un client pointa à la porte de l’auberge pour récupérer les cigarettes qu’il avait oubliées : « Avez-vous vu mon paquet de Nazionali ? [4] », cria-t-il.

Perçue comme un bruit lointain, la voix dialectale pour paquet, transformée en Pequod par un défaut de prononciation, déclencha en moi une longue rêverie qui fit remonter à la surface le souvenir de ma découverte de la substance de l’art.

 

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 À chacun sa Baleine Blanche. En dépit d’une recherche longue et pénible, je n’ai pu me déterminer comme protagoniste de ma vie que très tardivement, et encore... vivre avec les autres c’était se rappeler d’eux, de leur visage, de leurs habitudes, de leurs goûts et dégoûts, et puisque je n’y arrivais pas, la forme donnée par les autres à mon passé lorsqu’ils le remémoraient me paraissait artificielle. La flagrance de leurs évocations m’écœurait : si moi-même je n’en conservais aucune trace, comment pouvaient-ils posséder aussi pleinement une expérience qui m’avait appartenu ? N’arrivant pas à me répondre, je me présumais indifférente à la vie sociale. Ce n’est que vers mes dix ans que l’exigence d’établir une réalité qui fût pleinement mienne surgit en moi, et en recherchant des pourquoi je découvris l’extension de la mémoire charriée par l’art.

Quand je ne connaissais pas encore la coexistence du visible et de l’invisible, il m’arrivait de discerner autour de moi une palpitation indistincte. J’entrais alors en conflit avec le monde car je me percevais dans un espace inconnu duquel j’étais partie (négligeable peut-être, néanmoins j’en étais), et dans le sens que j’acquérais en y étant, les choses et les faits trouvaient un sens. Puis le fil qu’un instant m’avait lié à cet espace habituellement dissimulé se cassait, je retombais dans un présent marqué par mon absence de sens, et d’être insignifiant était motif d’angoisse car la douleur s’accumulait en moi sans que je puisse lui conférer une substance.

La barrière entre le visible et l’invisible tomba définitivement un jour qu’avec mon père, je visitai la pinacothèque de Brera. Je ne me souviens pas de la première œuvre qui m’apparut sous la lumière de l’art : il m’arrive de soupçonner que cet objet n’était ni une sculpture ni une peinture ; que mon regard eut réifié un visiteur charmé ou un gardien transi.

 

Avant que cette expérience transformât ma perception de l’art, je me figurais que comme les arbres et les montagnes, les sculptures et le peintures qui décoraient les maisons et les églises, procédaient de la nature. Mais un jour où seul à la maison, je m’attardai sur les pages d’un livre oublié par mon père sur la table du séjour, les animaux de Lascaux entrèrent dans ma vie, et puisque je vivais mes dessins comme les excrétions d’un parasite qui m’habitait, l’idée que ces figures fussent jaillies d’une volonté ne m’effleura ne fût qu’un seul instant. Il m’était cependant difficile de concevoir que ce parasite puisse habiter tant de corps, et je parlais de mes doutes à mon père, qui prit un bout de bois mal brûlé de la cheminée et copia sur une serviette de table les quelques objets qui occupaient le vaisselier : « Il n’y a aucun parasite en toi, me dit-il, la main ne fait que suivre l’impression mnésique. ».

Ainsi m’apparurent les différences entre l’œuvre de la nature et l’intentionnalité de l’acte, il m’était toutefois impossible de faire le rapprochement entre l’acte de dessiner et la palpitation indistincte que je percevais en regardant le monde : les gens, leurs actions et les objets qui les entouraient.

 

L’école élémentaire fut une catastrophe. J’appris vite à lire et cela m’aliénait le plaisir des tribulations dont jouissaient mes camarades. Mais eux, qui se brisaient contre l’écueil de la lecture et que la mer mystérieuse de l’écriture submergeait, eux ils n’étaient nullement embarrassés par le calcul, et l’instituteur qui se faisait en quatre afin de les initier à la parole écrite, ne s’inquiétait que peu de mes risibles résultats en arithmétique. Outré je résolvais : l’école n’était qu’une pantalonnade. Définitivement conquis par les fragmentes de réalité qui m’offrait la fenêtre de la salle de classe, mes cahiers se changèrent en lieux joyeux.

 

La Licorne de Lascaux fut la première figure que je copiais d’un livre. La date, un chiffre inconcevable pour les enfants que nous étions, provoqua l’hilarité de mes camarades qui prétendaient que rien ne pouvait être si ancien.

L’instituteur n’admettait que les enfants ne dessinassent que ce qu’ils connaissaient et d’un ton cassant il me demanda où j’avais vu une licorne. Aussi cassant qu’il l’avait été je lui répondis que la licorne n’est qu’une fantaisie. L’instituteur fit mine de rien et réitéra sa question insensée : où avais-je vu une licorne ?

Exigeait-il une justification absurde ? Ne connaissait-il pas l’imaginaire ? Était-il seulement stupide ? La troisième possibilité me sembla la plus probable et tout en l’estimant inutile, je répliquai avec un aphorisme cher à grand-mère : « Tout le monde voudrait découvrir un lieu enchanté au coin de la rue, la fable du haricot magique nous l’apprend, nous ne croyons néanmoins possible de grimper la plante des haricots pour fuir la misère d’ici-bas ».

J’avais amorcé mon premier conflit ouvert avec l’autorité, car l’instituteur saisit l’insulte derrière l’ornement, et me fit appeler par le directeur qui exigea une explication détaillée de mon propos. Je m’appliquais à la lui donner, en aggravant ainsi ma situation : j’avais douté du bon sens d’un instituteur, il m’infligea une semaine de retenue et convoqua mon père.

 

Il faut savoir que les lieux communs, les conversations de circonstance, les préjugés, contrariaient mon père et, c’était inéluctable, le chapelet de poncifs passéistes récité par le directeur l’irrita, cependant il garda son calme même quand le directeur affirma ne voir dans les enfants que des hommes imparfaits. Il ne perdit son flegme que quand le directeur affirma que la vérité forme le caractère, l’imagination le corrompt. Mon père l’accusa : il se disait pédagogue et il n’était qu’un tourmenteur. Puis il m’exhorta à séparer le plaisir du devoir, et m’engagea à ne pas dévoiler mes passe-temps aux conformistes, parce qu’ils nient toute connaissance qui ne soit pas confortée par le réel ou par une doctrine.

Sur ces beaux mots, la discussion s’envenima, car le directeur le traita d’irresponsable et mon père sortit le grand jeu : je n’avais dessiné qu’une licorne, un homme avec son statut aurait dû faire preuve de plus d’ouverture d’esprit, l’on n’est enfant qu’une seule fois, et moi je l’aurais été peut-être toute ma vie, qu’il fasse l’effort de comprendre. Le gâteau était fait, il ne manquait que la cerise et mon père ne tarda pas à la poser : s’il y avait quelqu’un à blâmer pour ses attitudes ce quelqu’un c’était lui (le directeur), qu’il regardât les évolutions de son index, son exubérance lui rappelait le Crapaud ; il y avait un enfant, il aurait dû prêter attention à ses manières. 

Crapaud avait été l’un des nombreux surnoms de Mussolini (la référence animalière renvoyait à l’image du dictateur au balcon faisant la lippe — menton levé, torse bombé, poignets effrontément plantés sur ses hanches). Pris par surprise, le directeur dû repêcher dans sa mémoire les plus blessants Nigaud, Vaurien, Le Merde, il les prit pour soi et me voilà à changer encore une fois de pensionnat !

 

Inutile de m’illusionner : nouveau pensionnat, mêmes mœurs, même violence ; mais au moins j’étais à Milan et le samedi je rentrais à la maison. En outre maintenant je jouais un semblant de participation, et puisque à la première impolitesse, pour que les choses soient claires pour tout le monde, j’avais cassé mon assiette sur la tête d’un dur, je m’étais rangé parmi les loups. Or, puisque les loups ne se mangent pas entre eux, personne ne prit la peine d’évaluer ma férocité, et mes excentricités ne réveillèrent aucun soupçon chez mes camarades quant à ma normalité. Fallait-il lire l’Enfer du viril Dante et rire du mièvre Pétrarque pour être à la page ? c’était prêcher à un converti. Qui plus est, j’étais l’heureux possesseur de deux versions de Moby Dick parce que lors de mes huit ans, quand ma mère m’avait fait cadeau d’une version abrégée et illustrée, mon père, le compensateur, m’avait donné la version intégrale qui est dans la traduction de Cesare Pavese ; et j’en tirais avantage car je le prêtais au plus grands en recevant en échange leur respect, qui allait da paire avec une admiration dont je n’avais rien à faire.

Pour ce qui est du dessin, je me tins à la consigne de mon père jusqu’aux vacances de Noël chez grand-mère, quand une nuit le vent joua avec le portail mal fermé et au réveil, nous trouvâmes un daguet emprisonné dans la cour. Hormis au zoo, je n’avais jamais vu un animal sauvage d’aussi près et au comble de l’enthousiasme, je lui consacrais une composition. Mais le daguet m’avait tellement charmé que j’avais été incapable de prendre mon crayon, alors j’illustrais ma composition d’une tête copiée de la Frise des Cerfs de Lascaux.

Puisque le daguet y était évoqué seulement grâce au mot qui le désignait, ma copie ne me satisfaisait guère, en outre le raisonnement qui constituait mon jugement s’était embrouillé et je n’arrivais pas à l’énoncer : mon intention était de dessiner un daguet, toutefois le souvenir s’était évanoui ; la tête de cerf de la frise évoquait la tête du daguet que j’avais vu cependant ne lui ressemblait pas. Ainsi, quand, nonobstant mes doutes l’instituteur me félicita, je me persuadai que la parole des adultes n’était que mensonge.

 

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La voix de Bruna interrompit le flux de la ressouvenance : « Coq au vin ou truite au bleu ? ». Ma Baleine Blanche partit vers le fond en amenant avec elle mes souvenirs, et seul resta dans mes pensées la séquence bassin, poissons rouges, coq. Ces mots m’avaient déjà intrigué l’année précédente quand au marché de Palerme, j’avais assisté à une échauffourée entre deux coqs qu’un marchand de rue brandissait en serrant leurs pattes dans une seule main, et la confusion des corps et des cris de ces pauvres bêtes, avait suscité en moi le souvenir de la lointaine agression dont mes parents parlaient à tour de bras. Dans mon souvenir toutefois il n’y avait pas de coq, seulement des cris, et puisque rien me prouvait l’authenticité de la fable chère à mes parents (même pas le stigmate en marge à ma paupière), il m’était apparu que l’agression du coq leur était profitable. Qu’ils eussent masqué ainsi une crise de violence familiale m’écœura, et soudainement ma vie me parut fondée sur un artifice.

 

 

 

 



[1] Journal quotidien fondé à Turin en 1924, par Antonio Gramsci. Voix officielle du Parti Communiste Italien jusqu’à 1991.

[2] Journal sportif, à l'occasion des premiers Jeux olympiques de l'ère moderne à Athènes en 1896.

[3] Buisson. Chapitre I, Note 2.

[4] Cigarettes bon marché produites par le Monopole d’État.

 

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