renato maestri
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L’envie me prenait parfois de tout casser : les autres divers pouvaient se prévaloir de quelque chose de tangible ; moi non, il ne m’était pas donné de me targuer d’une différence reconnue et admise, réprouvée peut-être, mais admise…N’empêche que j’aurais aimé être comme les autres : aimer mes parents ; être possessif et maladivement jaloux ; me complaire dans les subtilités d’un travail banal et tirer au cul, attendre impatiemment les vacances ; aimer les commérages, rire des brèves de comptoir et des plaisanteries triviales ; chanter l’hymne national avec conviction et voir dans un drapeau autre chose qu’un bout de tissu claquant au vent ; jouer au foot, supporter viscéralement une équipe et connaître les noms des footballeurs, crier comme un forcené au stade et me joindre aux défilés de voitures après la victoire, participer aux bagarres et aux controverses techniques ; me passionner pour les chanteurs saisonniers — ces figures transitoires qui accompagnent les souvenirs des premiers amours.

 

« Embarrassé par sa charge narcissique et fréquemment frappée par quelque chose qui ressemble à un refoulement émotionnel de la mémoire, il est menacé par l’ennui, mais exempt de toute aptitude au désespoir et pas vulnérable du tout, avait dit de moi le directeur du Marchiondi.

Et ma mère de conclure qu’elle n’avait donc aucun souci à me faire pour moi.

L’année précédente la psychologue pour enfants chez qui je m’ennuyais le jeudi après-midi s’était surpassée : « Flegmatique, insensible, suffisant, et tout de suite après trépidant, affable, attentionné. Très narcissique, même lorsqu’il affiche un style négligé.

— Égotiste, me blesserait moins », avait répondu mon père.

Mes parents pouvaient dormir entre deux oreillers : mon détachement de la réalité extérieure, une tendance prononcée à l’introversion, un monde intérieur occupé par un fourbi très fragmenté et le plus souvent silencieux, l’égocentrisme et le flegme, ne faisaient pas de moi un autiste ; mon inadéquation et mes provocations ne faisaient pas de moi un psychopathe.

 

Seulement voilà, mes tentatives d’adéquation restent infructueuses, car le mode d’emploi me manque, et ma diversité intérieure subsistera aussi longtemps que vivra le tourmenteur abstrait par qui mes pensées divaguent subtilement autour de rien. Il ne me restait que l’errance intérieure, une espèce d’exile qui rappelait (parfois) la vie végétative.

 

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Relire le tout en définissant maintenant la question de l’errance intérieure.

 

      Trouver un champignon

      Une soirée chez Rigolo avec E

      La chute du Toce de bas en haut.

      Salire all’Arbüjera

      Un jour de pluie à Stresa

      Rondanini 2

      Carnac ; Les Eyzies (Font-de-Gaume)

      Ne jamais se plier aux convenances

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L’apprentissage de l’errance